Immersion dans la réalité de l’adoption internationale d’animaux
Au fil des années, de plus en plus de familles françaises choisissent d’ouvrir leur foyer à un chien, un chat ou parfois un NAC (nouvel animal de compagnie) venu d’un autre pays. Motifs humanitaires, élans de solidarité envers des refuges surchargés à l’étranger, ou coup de cœur sur une photo partagée en ligne : les raisons ne manquent pas. Mais cette démarche, à la fois généreuse et complexe, soulève de nombreuses questions. Pour y voir plus clair, PassionAnimaux.com a interrogé Julie Demaret, experte en adoption internationale et référente pour plusieurs organismes d’accueil d’animaux venus d’Europe de l’Est, d’Espagne ou du Maghreb.
Qui sont ces animaux qui franchissent les frontières ?
Chaque année, des milliers d’animaux quittent leur pays d’origine – refuge, association de sauvetage ou fourrière – pour trouver une famille en France. « Il s’agit très souvent de chiens, majoritairement adultes, mais aussi de chats et, plus rarement, de furets ou rongeurs numériques », explique Julie Demaret. « Ils viennent de Roumanie, d’Espagne, du Maroc, de Bulgarie, de Grèce – autant de pays où la surpopulation canine et féline dépasse parfois largement les capacités d’accueil locales. »
Pour les adoptants français, l’aventure débute rarement sur un coup de tête. Les démarches, longues et encadrées, comprennent échanges vidéos, dossiers à compléter, visites pré-adoption, et parfois des attentes de plusieurs semaines, le temps de sécuriser l’identification, la vaccination, la stérilisation, et bien sûr le transport.
Rencontre avec Julie Demaret, experte en adoption internationale
PassionAnimaux.com : Qu’est-ce qui motive le choix d’une adoption à l’étranger ?
Julie Demaret : La raison première reste l’envie de sauver une vie. Beaucoup d’adoptants s’émeuvent du sort terrible de certains animaux dans les pays où le contrôle des naissances n’existe pas ou peu et où la maltraitance n’est pas toujours réprimée. Mais il y a aussi l’attrait d’aider un animal « invisible » sur place, dont personne ne veut là-bas, ou encore le sentiment d’appartenir à une communauté solidaire européenne.
PassionAnimaux.com : Quelles étapes distingue-t-on dans une adoption internationale réglemantaire ?
Julie Demaret : Les étapes clés sont toujours : un recueil éthique (par une association reconnue), la santé (vaccins, stérilisation, test des maladies locales), l’identification et le passeport, le transport sécurisé, et une adoption encadrée par un contrat. Une visite à domicile précède souvent le séjour. Puis le trajet, parfois long (en van agréé, en avion dans certains cas), jusqu’à la rencontre avec la famille.
PassionAnimaux.com : Les animaux venus d'ailleurs ont-ils des besoins particuliers à leur arrivée ?
Julie Demaret : Oui, leur vécu impose une grande vigilance. Beaucoup n’ont jamais vécu en intérieur, craignent certains bruits ou objets usuels, et doivent (ré)apprendre la marche en laisse ou la propreté. Il faut surtout offrir du temps, de la patience, et accepter les hauts et les bas émotionnels. Chaque animal a une histoire, parfois lourde, mais aussi sa capacité d’adaptation : il faut s’attendre à quelques semaines d’acclimatation, parfois plus.
Astuces pour réussir l’accueil d’un animal venu d’ailleurs
- Préparez l’environnement : aménagez un espace calme, restreint au début. Retirez tout ce qui pourrait effrayer (miroirs, appareils électroniques bruyants) et sécurisez votre domicile.
- Respectez la quarantaine sanitaire : même vaccinés, les animaux stressés peuvent déclarer des symptômes viraux, digestifs ou dermatologiques dus au transport. Suivez les recommandations de l’association pour la surveillance.
- Ne brusquez jamais la rencontre : laissez l’animal explorer à son rythme, introduisez-le aux membres du foyer sans contrainte. Maintenez des routines rassurantes.
- Patience et douceur : le lien se crée au quotidien. Félicitez, récompensez, tolérez les petites difficultés d’adaptation : propreté, aboiements, réserve, peur du dehors.
- Entourez-vous d’experts : éducateurs canins ou félins, vétérinaires sensibilisés aux animaux de l’étranger (pour dépistage Leishmaniose, Ehrlichiose, dirofilariose chez le chien, par exemple).
Questions fréquentes sur l’adoption internationale
- Quels sont les risques sanitaires ?
Les associations sérieuses testent systématiquement les maladies endémiques : leishmaniose, dirofilariose, ehrlichiose, rage, typhus, coryza selon l’espèce et la provenance. En France, un examen vétérinaire est conseillé à l’arrivée, avec parfois un recontrôle sérologique après un à trois mois. Le risque zéro n’existe pas, d’où l’importance du suivi.
- L’animal risque-t-il d’être inadapté à la vie en famille ?
Rares sont les chiens ou chats inadaptables. Mais certains, marqués par la vie de rue ou de refuge, garderont des craintes : bruit, étrangers, autres animaux. Un travail de socialisation progressif et une vraie compréhension du passé de l’animal sont essentiels.
- Peut-on adopter un chiot ou un chaton ?
C’est possible, mais selon le Code rural, l’animal doit avoir au moins 15 semaines pour entrer dans l’Union européenne, en raison de la vaccination antirabique. Beaucoup d’associations préfèrent réserver l’adoption internationale aux adultes, plus adaptés à supporter un voyage.
- Quel coût cela représente-t-il ?
Entre 250 et 550 euros en moyenne (selon l’espèce et la provenance), couvrant soins vétérinaires, identification, carnet, transport encadré, et parfois vaccins complémentaires. Ce n’est pas un « achat » mais une participation aux frais réels.
- Les formalités sont-elles complexes ?
Elles sont encadrées : identification, vaccin rage, passeport européen, certificats de transport, visites vétérinaires pré et post-arrivée. Les associations gèrent la plupart des démarches, mais le futur adoptant doit fournir des justificatifs (logement, revenus, présence au domicile lors de l’arrivée).
Ce qu’il faut savoir avant d’envisager cette démarche
Adopter un animal à l’étranger n’est pas un geste anodin. Julie Demaret insiste : « Mieux vaut réfléchir à ses capacités d’adaptation, au temps disponible pour l’intégration, à l’environnement (présence d’enfants, d’autres animaux), avant de s’engager. Certains refuges refusent les familles en appartement sans jardin clos, d’autres privilégient des profils expérimentés. Les abandons, hélas, touchent aussi des animaux importés, souvent par méconnaissance des enjeux. »
L’implication d’agences responsables, la transparence sur l’histoire de chaque animal, un suivi après adoption et des ressources de soutien communautaire (groupes Facebook, forums spécialisés) multiplient les chances de succès.
Bilan et recommandations de la rédaction PassionAnimaux.com
- Privilégiez toujours une association agrée, disposant de référents en France et dans le pays d’origine.
- Préparez le foyer en amont (sécurité, patience, rituels).
- N'hésitez pas à vous entourer de professionnels : éducateur, vétérinaire, comportementaliste.
- Acceptez que les premières semaines soient marquées par l’attente, l’incompréhension, la découverte mutuelle.
- Partagez vos expériences, réussites ou difficultés, sur les plateformes dédiées (Forum PassionAnimaux.com rubrique "Adoption internationale").
Outils pratiques PassionAnimaux.com pour réussir son adoption :
- Checklist PDF « Adopter un animal à l’étranger étape par étape »
- Vidéo : « Préparer l’arrivée d’un chien de Roumanie – conseils en images »
- Fiches pays : « Maladies fréquentes, démarches et réseaux locaux »
- Guide : « Intégrer un animal ex-street dans son quotidien »
- Modèles de contrat d'adoption internationale
- Forum d'entraide : retours d'expérience, astuces vie pratique et dossiers vétérinaires
L’avis de la rédaction PassionAnimaux.com
L’adoption internationale, loin des fantasmes simplistes, relève d’une démarche exigeante mais profondément enrichissante. Ouvrir son foyer à un animal venu d’ailleurs, c’est faire preuve de courage, d’altruisme, mais aussi d’humilité face au temps de l’apprentissage mutuel. À celles et ceux prêts à franchir ce pas, la communauté PassionAnimaux.com souhaite un parcours éthique, patient et plein d’empathie – pour que chaque adoption soit une réussite, et chaque histoire une victoire du vivre-ensemble au-delà des frontières.