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Discussion avec un vétérinaire comportementaliste : prévenir et gérer l’anxiété chez l’animal

Par Maxime
4 minutes

L’anxiété animale, une problématique de plus en plus visible dans nos foyers

Chiens aboyeurs dès que la porte claque, chats qui se cachent sous le lit à la moindre contrariété, rongeurs amorphes : l’anxiété animale s’impose aujourd’hui comme un enjeu central du bien-être de nos compagnons. En tant que site attaché à l’équilibre émotionnel de tous les animaux, nous avons rencontré le Dr Chloé Lambert, vétérinaire comportementaliste, pour démystifier ce trouble, en comprendre les signes, les causes, et surtout donner aux propriétaires des clés concrètes pour y faire face – au quotidien.


Reconnaître l’anxiété chez le chien, le chat ou le NAC : savoir repérer les signaux

Le premier défi pour le propriétaire reste bien souvent l’identification de l’anxiété. "Elle se manifeste par un ensemble de comportements répétés qui signalent un malaise, plus ou moins subtil selon l’espèce et l’individu," explique le Dr Lambert.


  • Chez le chien : aboiements ou gémissements, destruction lors des absences, léchage compulsif, refus de rester seul ou excitation excessive à votre retour.
  • Chez le chat : malpropreté soudaine, léchage ou grattage excessif, isolement, agressivité inhabituelle, perte d’appétit ou d’intérêt pour le jeu.
  • Chez les NAC (nouveaux animaux de compagnie) : diminution de l’activité, automutilation, grignotage anormal des barreaux, stéréotypies (mouvements répétés sans but apparent), troubles du sommeil.

Ces manifestations sont parfois isolées, parfois conjuguées, et s’installent souvent progressivement, ce qui les rend difficiles à relier à un mal-être d’emblée. Notre interlocutrice rappelle : "Un animal anxieux exprime surtout un besoin d’aide, non une volonté de nuire ou de ‘faire sa loi’ comme on l’entend parfois dans la tradition populaire."


Pourquoi nos animaux deviennent-ils anxieux ? Mieux comprendre pour mieux agir

Les causes de l’anxiété animale sont multiples. Elles combinent facteurs génétiques, expériences de vie (sevrage précoce, traumatismes, périodes de soin difficiles), et facteurs environnementaux.


  • Proximité et mode de vie humain : nos animaux partagent notre quotidien, nos émotions, et peuvent se sentir dépassés par le bruit, le rythme changeant ou les absences répétées.
  • Manque de stimulations adaptées : un chien privé de promenades, un chat enfermé dans un espace réduit, un lapin sans cachette voient leur stress s’accumuler.
  • Changements brutaux : déménagement, arrivée d’un enfant ou d’un autre animal, décès d’un membre du foyer… sont autant de sources potentielles d’anxiété.

Le Dr Lambert insiste sur l’importance de l’identification précoce : "Un suivi attentif du comportement permet d’agir vite, évitant l’aggravation et la chronicisation du trouble."


Adopter les bons réflexes au quotidien : la base pour prévenir l’anxiété

  • Routine rassurante : instaurez des rituels horaires pour les repas, les sorties, les moments de jeu. L’animal n’aime pas l’imprévu excessif.
  • Environnement adapté : multipliez les cachettes et hauteurs pour les chats, proposez à votre chien mastication, promenades de flair et jeux d’occupation, enrichissez la cage du NAC (plateformes, tunnels, objets à ronger).
  • Respectez le besoin d’autonomie : évitez de forcer le contact, laissez-les s’isoler quand c’est nécessaire.
  • Renforcement positif : récompensez tout comportement calme ou désirable, ignorez sans punir les manifestations anxieuses afin d’éviter l’effet ‘loupe’ sur leur état émotionnel.

 "Beaucoup de troubles anxieux trouvent leur origine dans l’incompréhension des besoins fondamentaux des animaux domestiques," explique notre experte. "La prévention commence dès l’adoption, au quotidien, dans la qualité des interactions et de l’environnement. »


Quand (et pourquoi) consulter un vétérinaire comportementaliste ?

"Le recours à un spécialiste s’impose lorsque l’anxiété impacte le bien-être du foyer ou que vous vous sentez impuissant," précise le Dr Lambert. Il peut s’agir :

  • De bêtises destructrices systématiques
  • De troubles de la propreté persistants
  • D’agressivité soudaine ou d’auto-mutilation

Le vétérinaire élaborera une démarche individuelle, composée :

  • D’un entretien détaillé sur l’histoire, l’environnement, la routine
  • D’une observation clinique (pour exclure toute cause médicale)
  • De recommandations ciblées (règles de gestion, enrichissement, exercices d’apprentissage)
  • Parfois, d’un soutien par phéromones, compléments naturels ou traitement ponctuel si nécessaire

Cette approche personnalisée vise à rendre le propriétaire acteur du mieux-être de son animal, tout en respectant les besoins spécifiques de chacun.


Exemples de situations courantes et solutions concrètes


Séparation difficile chez le chien

  • Mise en place de ‘faux départs’ : s’habituer à sortir sans mettre en scène de rituels d’au revoir.
  • Distribution de jouets à garnir, os à mâcher réservés aux absences.
  • Travail de désensibilisation à l’absence via des absences brèves puis prolongées progressivement.

Chat stressé par le changement d’environnement

  • Préparer la pièce d’accueil avec cachettes, diffuseur de phéromones, litière et gamelle placées à distance.
  • Laisser le chat explorer à son rythme, éviter les manipulations forcées.
  • Introduire progressivement les nouveaux stimuli (personnes, bruits), ne jamais contraindre.

Lapin ou rongeur anxieux

  • Proposer un abri fermé (mais facile à nettoyer), du foin à grignoter en continu.
  • Éviter les manipulations trop fréquentes ou imprévisibles.
  • Enrichir l’enclos par des tunnels, étages, jouets à cacher.

Questions fréquentes sur l’anxiété des animaux

  • Mon animal doit-il forcément être ‘zen’ en toutes circonstances ?
    Non, le stress ponctuel (examen vétérinaire, feu d’artifice) est normal, mais il doit rester transitoire. La vigilance s’impose s’il s’installe ou vire à l’obsession.
  • Faut-il rassurer (
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