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Parole à une behavioriste canin : comprendre les signaux d’apaisement chez le chien

Par Maxime
5 minutes

Décrypter le langage du chien : un enjeu crucial pour la cohabitation


Pour de nombreux propriétaires, le chien est un compagnon fidèle et joyeux, mais il n'est pas toujours évident de comprendre ce que cet animal tente d'exprimer, notamment lorsqu'il utilise des gestes subtils. Une grande partie de la communication canine passe par des signaux d'apaisement, encore trop souvent méconnus ou mal interprétés. Ces attitudes relèvent d’un système de communication complexe, que les professionnels de la relation homme-chien, tels que les behavioristes canins, apprennent à observer et décrypter.


Définir les signaux d’apaisement : que recouvrent-ils ?


Les « signaux d’apaisement », parfois appelés aussi « signaux calmants », désignent l’ensemble des attitudes corporelles et mimiques qu’un chien adopte afin de désamorcer un conflit, d’indiquer une absence de danger ou de calmer une tension – que ce soit envers un congénère, un humain ou dans une situation stressante. Élaborés au fil de l’évolution, ces messages visent à maintenir l’équilibre au sein du groupe et à préserver la paix.

Comme l’explique Iris Lefèvre, behavioriste canin diplômée à Toulouse : « Les signaux d’apaisement sont des outils très fins. Le manque de lecture de ces codes peut conduire à de l’incompréhension, voire à mettre le chien dans une impasse émotionnelle. »


Exemples courants de signaux d’apaisement observés chez le chien


  • Détournement du regard ou de la tête : le chien évite un contact oculaire, tourne la tête légèrement ou de façon marquée.
  • Léchage de la truffe ou des babines : geste rapide, parfois subtil, souvent lors d’une tension ou d’une approche jugée intrusive.
  • Bâillement : en dehors du sommeil, le chien bâille pour apaiser l’atmosphère ou s’auto-apaiser.
  • Se coucher ou s’asseoir lentement : abaisser son niveau corporel diminue le stress du groupe.
  • Marche lente, ralentissement : le chien approche lentement, sans brusquerie, pour signaler ses intentions pacifiques.
  • Lever une patte avant : position appelée « de l’incertitude », souvent signe d’hésitation ou de volonté d’éviter l’escalade.
  • Évitement corporel : le chien longe un mur, fait une courbe pour saluer, contourne une personne ou un autre chien.
  • S’immobiliser ou figer : souvent confondu avec de la peur, ce geste vise à donner le temps à l’autre d’analyser la situation.
  • Renifler le sol subitement : contournement social pour éviter la confrontation directe.
  • Secouer son corps comme pour se sécher : libération de tension après un moment de stress ou de conflit.

Rencontre avec Iris Lefèvre, behavioriste canin


Pour éclairer la compréhension de ces signaux, nous avons interrogé Iris Lefèvre, behavioriste et éducatrice canin :

PassionAnimaux.com : Pourquoi être attentif à ces comportements parfois très subtils ?
Iris Lefèvre : « Parce qu’ils sont le fondement de la communication canine. Chez l’humain, un froncement de sourcil ou un ton de voix en disent long ; chez le chien, un simple coup de langue sur la truffe ou une oreille abaissée sont des messages essentiels. Les ignorer, c’est passer à côté de tout un dialogue – et risquer que le chien ne s’exprime ensuite par des comportements plus marqués, comme la fuite ou même la morsure. »

Pourquoi le chien utilise-t-il ces signaux ?


Contrairement à une idée reçue, le chien n’emploie ni la dominance ni l’agressivité comme mode d’expression principal. Le répertoire des signaux d’apaisement remplit plusieurs fonctions :

  • Désamorcer une situation jugée conflictuelle ou stressante
  • Apporter du calme à soi-même ou à autrui
  • Indiquer son absence d’intention agressive ou belliqueuse
  • Exprimer une gêne ou un inconfort dans l’environnement

Chez le chiot, ces signaux apparaissent tôt, dès les premières semaines, au contact de la fratrie ou de la mère. Un chien bien socialisé communiquera avec fluidité ; un chien peu habitué à l’homme, ou qui a connu des expériences négatives, peut développer des signaux plus accentués ou, à l’inverse, inhiber ces comportements.


Exemples concrets : quand et comment voir apparaître ces signaux ?


  • Lors d’un câlin trop appuyé, le chien détourne la tête et lèche ses babines : il demande une pause.
  • À l’arrivée d’un inconnu ou d’un congénère trop direct, il se couche lentement ou baille : il tente de rassurer et d’atténuer la tension.
  • À la vue d’un enfant excité, le chien ralentit son allure ou renifle le sol : il montre qu’il ne souhaite pas d’interaction trop vive.

Savoir repérer ces attitudes permet d’adapter nos gestes, de modérer nos approches et de sécuriser la relation.

L’importance d’une observation fine pour prévenir les malentendus


  • Chez les familles avec enfants : Un chien qui détourne la tête face à un câlin doit être respecté dans son besoin d’espace, pour prévenir tout risque d’escalade.
  • Visite vétérinaire : Bâillements, léchages de babines ou immobilisation sont courants ; le personnel soignant utilise ces indices pour adapter ses manipulations.
  • Promenades ou sorties au parc : Observer comment deux chiens s’approchent (en courbe, lentement, en se reniflant) évite de forcer la situation ou de déclencher un conflit.

Trop souvent, ces signaux sont confondus avec de la désobéissance ou du « caprice » canin, alors qu’ils sont de véritables appels au respect et à la cohabitation harmonieuse.


Comment réagir en tant qu’humain ? Conseils pratiques de behavioriste


  • Observer et apprendre le langage corporel : Prenez le temps de regarder votre chien dans différents contextes et notez ses petites mimiques.
  • Respecter l’espace et les besoins du chien : S’il s’éloigne ou détourne la tête, offrez-lui une pause.
  • Anticiper les situations délicates : Prévenir les contacts brusques avec les étrangers ou les enfants.
  • Favoriser l’apprentissage positif : Préférer les renforcements doux et adaptés à la personnalité du chien.
  • Consulter un professionnel : En cas de comportements répétitifs de détresse (léchages excessifs, figements fréquents, grognements), sollicitez un behavioriste ou éducateur canin.

Outils et ressources pratiques PassionAnimaux.com


  • Fiche PDF à télécharger : « 20 signaux d’apaisement à observer chez le chien, illustrés »
  • Guides vidéos : « Décrypter une balade canine – lecture gestuelle en live »
  • Forum d’entraide pour poster des vidéos ou photos afin d’obtenir l’avis de la communauté et de nos experts comportementalistes
  • Tableau récapitulatif : « Quand et où surveiller les signaux d’apaisement au quotidien »

Questions fréquentes sur les signaux d’apaisement


  • Mon chien baille-t-il seulement lorsqu’il est fatigué ?
    Non, le bâillement est très souvent utilisé comme signal social, pour se détendre ou calmer une tension.
  • Tous les chiens utilisent-ils les mêmes signaux ?
    La base est commune, mais chaque individu a ses préférences gestuelles selon sa personnalité, son histoire, sa race, sa socialisation.
  • Comment distinguer le jeu d’un évitement ?
    Un chien qui ralentit ou détourne la tête cherche à apaiser, tandis que les postures du jeu sont plus toniques (pattes avant au sol, excitation contrôlée).
  • Un chien qui envoie fréquemment ces signaux est-il malheureux ?
    Pas forcément, mais il indique un inconfort ou une gêne. Si cela devient disproportionné ou systématique, il faut investiguer.

L’avis de la rédaction PassionAnimaux.com


En apprenant à observer, décrypter et respecter les signaux d’apaisement chez le chien, chaque propriétaire accède à un nouveau degré de complicité, instaure une relation fondée sur la confiance, et prévient nombre de soucis relationnels. L’essentiel : rester curieux, accepter que le chien ait un langage propre et s’entourer, si besoin, de professionnels pour progresser dans la communication interspécifique. Pour télécharger nos fiches, visionner nos vidéos pédagogiques ou poser vos questions à nos behavioristes, rendez-vous sur PassionAnimaux.com.

Respecter ce que le chien nous dit, c’est non seulement lui offrir du bien-être, mais aussi renforcer la qualité du vivre-ensemble dans toutes les situations du quotidien.


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