Découverte de la médiation animale : rencontre avec Aurélien Lefèvre, responsable d’association
La médiation animale, ou zoothérapie, fait de plus en plus parler d’elle en France. Ce domaine singulier associe la relation entre l’humain et l’animal dans des activités éducatives, thérapeutiques ou sociales. Pour comprendre les coulisses de cette pratique, nous avons échangé avec Aurélien Lefèvre, responsable de l’association « Liens & Pattes », structure pionnière en médiation animale en région parisienne.
Mise en contexte : le concept de la médiation animale
À mi-chemin entre science et humanité, la médiation animale consiste à mettre en œuvre la présence d’animaux formés — chiens, chats, lapins, chevaux, parfois même poules ou alpagas — pour favoriser le bien-être, le développement ou la réhabilitation des personnes. Ce dispositif s’adresse à un public très divers : enfants en difficulté scolaire, personnes âgées isolées, patients en situation de handicap, jeunes en rupture, détenus ou encore patients en soins palliatifs.
Une journée type d’un médiateur animalier
Nous avons suivi Aurélien lors d’une journée d’intervention en établissement médicalisé :
« Nous débutons par une visite de la structure et un point avec l’équipe éducative ou médicale. Nos animaux partenaires sont présentés selon le public : ici, deux chiens sociables et une lapine tranquille. L’objectif est de proposer des ateliers sur-mesure : jeux de lancer, caresses, exercices d’obéissance, séances de détente où la seule présence animale suffit parfois à déclencher sourires et souvenirs chez les résidents. »
Pourquoi l’animal crée-t-il un changement ?
Aurélien insiste sur la spécificité du lien établi :
« L’animal n’a pas d’a priori, il ne juge pas, il entre en relation “brute” — par la douceur, la curiosité ou l’observation. Pour beaucoup de personnes fragilisées ou ayant du mal à communiquer, l’animal offre une forme de reconnaissance et d’apaisement immédiat. De petits miracles se produisent presque chaque semaine : un résident muet qui glousse devant la lapine, un patient anxieux qui retrouve le calme en caressant un chat, un enfant autiste qui prononce ses premiers mots pour demander à “revoir le chien”. »
Les animaux médiateurs : formation et sélection rigoureuse
Contrairement aux idées reçues, tous les animaux ne conviennent pas à la médiation. L’association « Liens & Pattes » sélectionne ses partenaires à travers divers critères :
- Tempérament équilibré et curiosité naturelle
- Capacité à rester calme dans des environnements bruyants ou inconnus
- Âge minimum et suivi vétérinaire strict
- Formation progressive à la rencontre et au contact avec des publics fragiles
Encadrer la relation : règles déontologiques et bénéfices attendus
Aurélien rappelle que l’éthique est au cœur de la démarche :
« On veille au bien-être animal en priorité : chaque séance dure 30 à 40 minutes au maximum ; l’animal doit pouvoir se retirer s’il montre des signes de fatigue. Nos intervenants sont formés à détecter le stress, à respecter le rythme et l’envie de nos partenaires à quatre pattes. »
Les effets espérés sont multiples :
- Diminution de l’angoisse et du sentiment de solitude
- Amélioration de la motricité fine et globale lors d’exercices
- Stimulation de la parole et de la communication émotionnelle
- Redynamisation générale, relance de la motivation dans les parcours de soin
Portraits croisés : bénéficiaires et parcours de vie
Pour illustrer l’impact de la médiation, Aurélien partage quelques anecdotes :
Madame G., 85 ans, maison de retraite : « Depuis l’arrivée des chiens, elle accepte de sortir de sa chambre pour les ateliers collectifs. Le simple appel de l’animal suffit à susciter son sourire, à la faire parler alors qu’elle se murait dans le silence. »
Lucas, 9 ans, syndrome autistique : « Il refuse quasi tout contact humain mais accepte de s’asseoir pour brosser la lapine. Cette routine a permis d’améliorer sa dextérité fine, et il attend maintenant chaque séance avec impatience. »
Outils pratiques de la médiation animale
Sur le terrain, les activités se déclinent en fonction des besoins :
- Jeux de recherche ou de lancer : pour encourager la coordination et l’attention
- Séances de brossage ou de soins simples : valoriser la confiance en soi et le prise d’initiative
- Lecture à voix haute à un animal : travailler la concentration, diminuer la peur du jugement
- Parcours moteurs adaptés : stimuler le mouvement et la prise de risque contrôlée
Des formations pour devenir médiateur animalier
Le métier de professionnel en médiation animale se structure : un cursus de formation spécifique, associant bases de l’éthologie, psychologie, techniques d’animation et réglementation, est nécessaire. Aurélien insiste : « Il ne suffit pas d’aimer les animaux pour exercer ce métier : l’écoute, l’observation, la rigueur, mais aussi la capacité à travailler en équipe pluridisciplinaire (médecins, éducateurs, psychologues, etc.) sont indispensables. »
Quels défis et perspectives pour les associations de médiation animale ?
La demande grandit mais les financements restent précaires. Nombre d’associations opèrent grâce à la générosité de dons ou de subventions ponctuelles. Les attentes des établissements sont immenses, mais il faut veiller à ne pas multiplier les séances au détriment de la qualité et du bien-être animal.
Autre défi : convaincre les pouvoirs publics de l’utilité de la médiation animale, afin que cette approche soit mieux reconnue et intégrée dans les parcours de soins, notamment auprès des publics vulnérables. Plusieurs réseaux nationaux œuvrent pour la création de référentiels et la labellisation des structures.
Ressources et outils pratiques PassionAnimaux.com pour aller plus loin
- Guide PDF « Débuter en médiation animale : bonnes pratiques, éthique et législation »
- Check-list : comment sélectionner et préparer l’animal médiateur
- Modèles de conventions entre association et établissement bénéficiaire
- Retours d’expérience vidéos d’interventions en EHPAD et écoles
- Forum communautaire : échanges entre professionnels, familles et bénévoles engagés
Questions fréquentes sur la médiation animale
- Est-ce que tous les animaux peuvent devenir médiateurs ?
Non, il faut sélectionner l’animal en fonction de ses aptitudes et bien respecter la charte de bien-être animale. Certaines associations disposent de listes d’attente pour des familles souhaitant proposer leur animal ; une évaluation comportementale précède toujours l’intégration. - Une séance est-elle remboursée ou prise en charge ?
Pour l’instant, la médiation animale n’est pas inscrite dans le panier de l’assurance maladie mais des aides locales ou des structures (EHPAD, IME, établissements scolaires…) peuvent financer des cycles d’ateliers. - Faut-il un diplôme spécialisé pour encadrer ?
Des formations existent, sanctionnées par des titres ou certificats privés ou universitaires. Exiger a minima un double cursus (connaissance de l’animal et de la relation d’aide) est une précaution essentielle. - Quels sont les principaux bénéfices observés ?
La diminution du stress, l’accroissement de la socialisation, la progression en autonomie, et une forte amélioration du moral chez des personnes isolées, âgées ou atteintes de handicap.
L’avis de la rédaction PassionAnimaux.com
L’association entre l’humain et l’animal a toujours été une source de réconfort ou de stimulation. Mais la médiation animale va plus loin : elle transforme une présence réconfortante en véritable outil d’accompagnement. Les témoignages recueillis auprès d’associations telles que « Liens & Pattes » montrent que chaque séance offre une opportunité de dialogue, de progrès, d’émotion partagée. Reste à encourager la structuration et la reconnaissance du métier, et à poursuivre la sensibilisation autour de l’éthique et du bien-être animal.
Pour en savoir plus sur les projets menés, les modalités d’intervention et la prise en charge des animaux médiateurs, retrouvez nos fiches pratiques, nos vidéos de terrain et partagez vos propres retours d’expérience sur PassionAnimaux.com — parce que, plus que jamais, les animaux sont au service des humains… et le lien va dans les deux sens.