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Rencontre avec une orthophoniste animale : la communication non verbale entre espèces

Par Maxime
5 minutes

La communication animale : un langage universel au-delà des mots

Dans le vaste monde de la relation homme-animal, la communication occupe une place fondamentale mais parfois mystérieuse. Si les humains comptent beaucoup sur le langage parlé, nos compagnons à quatre pattes s’expriment autrement : par gestes, attitudes, postures et milliers de micro-signaux. À la croisée de cette compréhension, certains professionnels émergent, tels que les orthophonistes animaliers, spécialisés dans l’interprétation et l’amélioration des échanges non verbaux entre espèces.

Orthophoniste animale : un métier émergent et méconnu

Le métier d’orthophoniste animalier ne consiste ni à « faire parler » les animaux, ni à leur imposer des codes humains. Il s’agit d’apprendre à décoder les signaux corporels, les sons et les comportements pour mieux comprendre ce que ressent ou tente d’exprimer l’animal, qu’il vive avec des humains ou d’autres espèces. Cette profession, apparue récemment dans les cliniques, refuges et services d’éducation, se fonde sur les sciences du comportement et de l’éthologie.

Chloé Martin, orthophoniste animale basée en région parisienne, nous accueille dans son cabinet coloré, dédié à la cohabitation harmonieuse des animaux et de leurs familles. « La plupart du temps, j’aide les humains à percevoir les messages envoyés par leurs chiens, chats, ou NAC — et inversement, à faire passer leurs consignes autrement que par la parole. »

Principes clés de la communication non verbale entre espèces

Chaque espèce possède sa propre « grammaire » corporelle et vocale. Chez les chiens, le balancement de la queue, l’aplatissement des oreilles ou le bâillement n’ont rien de fortuit.

  • Chez le chien : oreilles pointées vers l’avant = curiosité ; queue basse ou entre les jambes = peur ou inquiétude ; posture détendue = apaisement.
  • Chez le chat : queue érigée = salut amical ; sifflements = menace ; fuites rapides = gêne ou peur.
  • Chez les lapins, cochons d’Inde, oiseaux : oreilles couchées, pelage hérissé, immobilité ou vocalises de stress en disent long sur leur état émotionnel.

L’orthophoniste animale analyse ces comportements en contexte, identifie les « malentendus » et guide humains et animaux vers un dialogue respectueux. « Un chien qui grogne n’est pas un animal agressif, il tente souvent juste d’exprimer une gêne. Le gronder accentue sa tension. Mon travail, c’est de traduire et d’apprendre à répondre autrement. »

Rencontre avec Chloé Martin : une journée type d’orthophoniste animale

La matinée commence avec la visite d’une famille venue pour leur jeune golden retriever, Oscar, qui adopte des postures complexes face à leur nouveau chat.

« Nous avons tendance à interpréter ses bonds comme de la joie, mais Chloé nous montre que certaines mimiques (repli des babines, tension du corps) se traduisent plutôt par une excitation anxieuse. Elle nous apprend à le canaliser par une gestuelle douce et à observer les oreilles du chat comme indice de tolérance. En peu de séances, Oscar s’approche plus calmement, évite les chassés et les deux animaux cohabitent de façon apaisée. » — Famille d’Oscar

Chloé anime aussi des ateliers dans des refuges animaliers, où elle forme les bénévoles à décoder le langage des chats nouvellement arrivés, souvent stressés. Les gestes, les regards détournés, la dilatation des pupilles : autant d’indices qui permettent un contact rassurant, évitant griffures et frayeurs inutiles.

Pourquoi faire appel à une orthophoniste animale ?

  • Prévenir ou résoudre des incompréhensions : Chloé relate l’exemple d’un chien grognant à chaque manipulation des enfants. Plutôt que de sanctionner, elle explique le signal d’alerte et propose d’apprendre une approche lente, l’écoute et des pauses régulières.
  • Faciliter l’intégration d’un nouvel animal : Lors de l’introduction d’un deuxième animal, comprendre leurs signaux réciproques évite les conflits et favorise l’acceptation mutuelle.
  • Accompagner les animaux vieillissants ou en situation de handicap : Un vieux chat qui s’isole, un chien sourd qui ne répond plus aux ordres : l’orthophoniste animale suggère d’autres supports (signes, contacts visuels, routines gestuelles).

La boîte à outils de la communication non verbale : conseils pratiques

  • Observer avant d’agir : Prenez le temps de regarder l’attitude générale, la queue, la tête, la façon de se déplacer. Un animal mal à l’aise le montre subtilement.
  • Utiliser des gestes clairs et constants : Une main tendue, un regard apaisant ou une posture ouverte rassurent plus qu’un flot de paroles. Évitez gestes brusques ou voix trop aiguës.
  • Répéter et ritualiser : La routine sécurise : chaque geste, chaque rituel d’accueil ou d’appel doit rester cohérent dans le temps.
  • Adapter le ton, même non parlé : Les animaux perçoivent la tension corporelle, l’attitude générale bien avant les mots. Une respiration calme, un corps relâché, un regard doux apaisent.

Les clés d’une relation interspécifique harmonieuse

La compréhension des signaux non verbaux façonne le bien-être animal et humain. Des études montrent que plus un propriétaire décode correctement les signaux de son chat ou de son chien, plus le risque d’accident (griffure, morsure) diminue et la relation se nourrit d’échanges harmonieux.

Chloé Martin : « L’essentiel est d’apprendre à écouter… sans les oreilles ! En observant ce que l’animal nous “dit” sans mots, on gagne leur confiance, on réduit leur stress et on trouve des solutions respectueuses pour chacun. »

Des outils pour aller plus loin sur PassionAnimaux.com

  • Guide PDF : « Décoder les signaux canins, félins et NAC au quotidien ».
  • Mini-quiz interactif : « Saurez-vous reconnaître la posture d’apaisement de votre animal ? ».
  • Vidéos pratiques : démonstration de communication gestuelle interspécifique (signes d’apaisement, premiers contacts, gestion du stress).
  • Tableau téléchargeable : fiches comparatives des signaux corporels selon les espèces (chiens, chats, rongeurs, lapins, oiseaux).
  • Espace forum : partage de vidéos et décryptages par la communauté et les experts partenaires.

Questions fréquentes sur la communication non verbale avec les animaux

  • Un animal peut-il comprendre nos gestes spontanés ?
    Oui, mais à condition de cohérence et de répétition. Les animaux apprennent vite à associer certaines postures ou rituels à des demandes (sortie, repas, jeu, calme).
  • Que faire si mon chat ou chien semble “ignorer” mes consignes ?
    Vérifiez votre posture et votre ton, plutôt que de hausser la voix. Un chat stressé ou un chien anxieux se replie ou fuit, il faut d’abord restaurer la confiance.
  • Le langage corporel diffère-t-il selon les races ?
    Oui, notamment chez les chiens (queues écourtées, oreilles pendantes) ou les chats à poils longs. Adapter l’observation à la morphologie est important, épaulés par des professionnels si besoin.
  • Comment impliquer les enfants dans la communication respectueuse ?
    En leur apprenant à reconnaître les signes élémentaires (bâillement, recul, évitement) et à donner l’espace nécessaire à l’animal, pour lui comme pour eux.

L’avis de la rédaction PassionAnimaux.com

Mieux communiquer avec son animal sans paroles, c’est cultiver un respect mutuel sur la durée, renforçant sécurité, confiance et complicité. L’orthophoniste animale, expert émergent du vivant, nous rappelle que le véritable dialogue se passe parfois « de mots » et invite chaque famille à mieux observer, écouter, ajuster leur posture et leur rythme. Partager sa vie avec un animal, c’est aussi apprendre à « parler animal », pour tisser un lien fort, durable, et évoluer ensemble dans la sérénité.

Pour approfondir la communication avec votre compagnon et rejoindre des ateliers, forums ou découvrir nos outils pédagogiques, retrouvez la sélection de ressources et les contacts d’orthophonistes animaliers sur PassionAnimaux.com.


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